| Témoignage de Samuel |
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| Écrit par Secrétariat International | ||||
| 04-07-2007 | ||||
![]() Samuel (Tamil Nadu/India) Je suis le seul garçon d’une famille de quatre enfants. Dans ma culture, les garçons sont responsables de la famille et du mariage de leurs proches. Cela coûte cher et nous sommes obligés de demander des prêts à nos propriétaires, ce qui ne fait qu’augmenter notre dépendance à leur égard. Nous sommes censés mendier de la nourritureLes propriétaires terriens ne nous voient pas comme des êtres humains et ils ne nous appellent pas par notre nom. Même leurs enfants s’adressent à mes parents en disant « vaada, pooda » et « vaadee, poodee » (« viens ici » ou « va-t-en »). Cela me rend malade et je les ai déjà menacés.Au moment de la Noël, du Deepavali (festival indien de la lumière) ou du Pongal (festival de la récolte au Tamil Nadu), nous devons aller mendier de la nourriture chez notre propriétaire. Si nous ne le faisons pas, il nous nargue en disant « vous êtes devenus riches maintenant ? »
Toutes les infrastructures importantes comme les centres de rationnement (où les pauvres peuvent obtenir du riz, de l’huile, des prêts,… à des prix plus bas) ou les écoles se trouvent dans les quartiers riches, afin que les riches ne doivent pas se rendre dans les quartiers dalits. Les bus passent toujours en premier lieu dans les quartiers où vivent les classes supérieures. Quand ils arrivent chez nous, il n’y a jamais de place pour nous asseoir.
Tout ce système crée une dynamique chez les dalits : nous essayons d’épargner de l’argent pour pouvoir étudier à l’université. Les riches, eux, ne sont pas motivés car ils possèdent beaucoup de terres. Ils commencent à nous respecter. Ils ont peur que nous étudions et que nous prenions conscience de notre situation ou que nous travaillions ailleurs car alors, nous deviendrions financièrement autonomes. Ma rencontre avec la JOCAllant à l’église régulièrement, je participais parfois à des activités mais comme je suis très timide, je ne parlais qu’avec mes amis. Un jour, deux permanents jocistes sont venus pour créer des groupes de travailleurs axés sur les dalits. Ils nous ont forcés à participer, ce qui ne me plaisait pas. C’est à ce moment que j’ai fait connaissance avec la méthode Voir-Juger-Agir. Je ne comprenais pas tout mais j’aimais bien le fait qu’ils parlent de questions me concernant en tant que dalit.C’est un prêtre mais il m’a serré la mainUn mois plus tard, le prêtre de ma paroisse a voulu que j’aille à une formation de la JOC. Dans ma culture, on ne discute pas avec un prêtre, donc j’y suis allé avec quelques amis. A notre arrivée, un homme nous a accueillis. Il nous a traités comme des amis. Je n’étais pas habitué à cela. Il m’a demandé : « Comment t’appelles-tu ? D’où viens-tu ? » et il m’a serré la main. J’ai appris qu’il s’agissait d’un prêtre, Augustine. Cela m’a beaucoup ému. Jusque là, je n’avais été touché par un prêtre qu’après m’être confessé, et encore, très brièvement sur le front.Lors de la formation, ils ont posé des questions simples et nous ont donné la parole. Ils ont parlé de nos problèmes de dalits et je pouvais facilement m’exprimer sur ce sujet. Ils m’ont demandé d’être secrétaire du groupeEnsuite, tous les quinze jours, j’ai participé à des réunions de groupe de base. Au tout début d’une réunion, on m’a demandé d’être secrétaire du groupe. Comment était-ce possible ? Moi qui n’avais aucune expérience en la matière ! Mais il y a eu des formations sur le rôle du secrétaire, sur l’animation d’un groupe, etc. Lors des formations, j’ai aussi appris à m’exprimer par la danse, le chant, la musique lors de « soirées culturelles ».Puis, j’ai participé à des formations nationales. C’était surprenant pour moi d’aller à Chennai et de me faire des amis dans d’autres districts. On m’a appris que « personne n’est parfait » et que c’est en agissant que l’on apprend. Une action au niveau national contre la hausse du prix des busSuite à une formation nationale, nous avons participé à une dharna (manifestation pour présenter des revendications) à Trichy. Contrairement à l’habitude, nous n’avons pas utilisé d’affiches pré-imprimées et même des filles ont participé, ce qui était inhabituel. Nous avons écrit à la main nos revendications sur des posters et nous nous sommes répartis dans les différentes zones du district pour coller les affiches. Nous sommes montés dans les bus et avons demandé aux passagers de nous soutenir financièrement. Nous avons récolté de l’argent. Après chaque étape, nous faisions une évaluation. C’était une bonne expérience. De l’étape de formation, nous étions passés au stade de l’action. Nous étions très fiers !Mon arrivée à la JOC nationaleLorsqu’on m’a demandé de devenir membre de l’équipe nationale, je voyais cela comme une tâche énorme. J’avais l’impression que les autres savaient tout et je me sentais tellement petit. Au début, je ne pouvais parler que de mon district et de mon expérience. Je me souviens encore du jour où je me suis rendu seul à Chennai !Mais je voyais que les gens étaient différents à la JOC. Lors d’une rencontre nationale, Augustine, notre aumônier, a cuisiné pour l’équipe. C’était la première fois que je voyais un prêtre cuisiner. Il m’a même prêté son aube de prêtre pour l’utiliser comme oreiller ! Puis j’ai travaillé à mi-temps pour étendre la JOC nationale. Je devais créer de nouveaux groupes. Je suis arrivé à convaincre le prêtre d’une paroisse et j’ai donc enfourché mon vélo tôt le matin pour parcourir 22 km dans le froid afin de parler de la JOC lors de la messe de 7 heures. Au départ, j’avais très peur mais je me suis retrouvé à parler pendant 45 minutes. Je suis resté !Plus tard, j’ai été élu trésorier national. J’avais de la peine à le croire. C’était une reconnaissance pour moi, pour mon district, mon village et ma communauté dalit. Beaucoup ont demandé au président, Thiru : « Tant de trésoriers partent après six mois. Comment s’assurer que Sam assume sa responsabilité jusqu’au bout ? »Lorsque Thiru est parti à la coordination d’Asie, un autre président est venu et cela a été dur pour moi. Il parlait tellement bien et arrivait à convaincre les autres. J’avais envie de partir mais je me suis dit : « Tant de trésoriers sont partis, moi j’ai promis de rester ». Alors j’ai parlé au président, nous nous sommes réunis avec l’aumônier… et je suis resté ! De la JOC d’Inde à l’Equipe d’Asie PacifiqueJ’ai alors été élu président. Nous voulions étendre le mouvement et je suis parti dans un autre Etat. Sept heures de voyage… une autre langue. La première fois, un prêtre m’a offert le gîte. La seconde fois, j’ai trouvé porte close. J’ai dû dormir dans un parc. Je me sentais mal et j’étais fâché contre l’Eglise. Etait-ce une façon de traiter les gens ? Mais cette expérience m’a aussi rendu plus fort.Aujourd’hui, je suis membre de l’Equipe internationale pour la région d’Asie Pacifique. Ma famille voudrait que je vive avec elle car je suis le seul garçon mais elle est fière de moi. La JOC m’a montré le combat des gens. Ma façon de penser, de me comporter a changé. Citez cet article sur votre site | Pages vues: 818
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