| Témoignage de Teresa |
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| Écrit par Secrétariat International | ||||
| 05-07-2007 | ||||
![]() Teresa (Philippines) Un jour après l’opération, l’avocat de la compagnie, profitant de son extrême état de faiblesse, lui a fait signer un document déclarant qu’il ne réclamait aucun dédommagement. Aujourd’hui, mon père est toujours très faible et éprouve des difficultés à se concentrer. Il s’agissait de ma première expérience importante d’injustice. Accrochez-vous à votre rêve !Après l’accident, ma mère, une femme d’un courage prodigieux, a travaillé comme cuisinière pour des familles fortunées. Elle se levait à trois heures du matin, préparait un peu de nourriture et achetait aussi des produits aux voisins pour aller les vendre en ville. Nous, nous fabriquions des bonbons et les vendions dans les villages voisins les samedis et dimanches. Moi, j’étais timide et vraiment honteuse.Nous avions juste assez à manger mais ma mère avait pour principe de toujours attendre que tout le monde soit là avant de se mettre à table. Nous vivions tous dans une seule pièce, entassés comme des sardines, mais nous étions heureux. Ma mère disait toujours : « Accrochez-vous à votre rêve et vous trouverez du travail un jour ! »
Ma mère avait quitté l’école très tôt et mes parents voulaient nous offrir la meilleure formation possible. Moi, j’avais dans l’idée de construire une maison et d’être enseignante. Mais je voyais bien que mes parents ne pouvaient pas me payer ça.
Avec un crayon et un cahier pour seul matériel, nous participions à toutes les activités scolaires. Je n’avais pas de chaussures mais j’avais pu emprunter un uniforme de l’école. Après l’école secondaire, je voulais trouver du travail à Manille mais je suis tombée malade et mon frère m’a poussé à faire des études de secrétariat. Mon premier combat et ma rencontre avec la JOCAprès mes études, j’ai commencé à travailler à Manille, dans une usine appelée ‘Catchline’. J’étais parmi les dix premiers travailleurs de l’usine qui en compte aujourd’hui plus de 200. Nous nous appelions les « pionniers ». Je travaillais six jours par semaine, de 7 à 16 heures, pour 88 pesos par jour (environ 2 $US). Nous fabriquions des moulinets et des hameçons pour cannes à pêche et nous devions accrocher les minuscules hameçons, sans gants de protection. Chaque soir, j’avais les doigts en sang et les yeux fatigués.Après trois ans de dur labeur, je n’avais toujours pas de contrat. Avec ma sœur, qui travaillait aussi à l’usine, nous nous sommes plaintes. La direction a accepté de régulariser 10 travailleurs sur 200 ( !), de leur accorder congés payés, protection sociale et paiement des heures supplémentaires et de leur verser 250 pesos par jour. J’étais parmi ces dix personnes mais je n’étais pas satisfaite. La direction m’a proposé de faire du travail de secrétariat mais je ne voulais pas. Je voulais rester aux côtés de mes collègues de la production. Notre usine était une filiale de Mustad et là, les travailleurs étaient syndiqués. J’ai été invitée à participer à quelques-unes de leurs réunions et c’est ainsi que j’ai connu la JOC, car le président du syndicat, Cali, était également membre de la JOC. Un jour, ma sœur et moi ne sommes pas allées à l’usine et le lendemain, nous n’avons pas été autorisées à nous mettre au travail. Lasses de devoir attendre la chef, nous sommes rentrées à la maison. Le jour suivant, la chef nous a suspendues pour une semaine. Nous avons immédiatement engagé un procès pour renvoi abusif, ainsi que pour non-paiement des congés payés et des heures supplémentaires. J’ai commencé à sensibiliser mes collègues. Avec sept d’entre eux, nous avons mis sur pied un groupe secret dans le but de former un syndicat à Catchline. Chacun devait contacter un nouveau collègue et de fil en aiguille, nous étions plus de 70 travailleurs à nous réunir pendant la pause de midi. Le permanent de la JOC assistait régulièrement à nos réunions. Nous avons eu des élections et j’ai été élue présidente du syndicat ! Je continuais à défendre mes droits. Ou plutôt nos droits !La chef me convoquait chaque jour dans son bureau et essayait de me culpabiliser car je refusais le travail de secrétariat qu’elle s’évertuait à me proposer. Je voulais continuer à défendre mes droits. Ou plutôt nos droits !J’ai aussi commencé à participer aux activités de la JOC et je parlais de la JOC lors des réunions syndicales. Après plusieurs mois de lutte, ils ont tout simplement fermé l’usine. Mais j’ai poursuivi l’action en justice et après trois ans, j’ai gagné ! Mon combat se poursuit ailleursAprès avoir été volontaire à la JOC, je suis devenue permanente pour la région de Metro Manille et responsable d’organiser les travailleurs de l’usine Sackline. Partant de mon expérience, j’ai commencé des réunions avec 5 travailleurs durant les pauses. Chacun de notre côté, nous avons mobilisé deux autres travailleurs, et ainsi de suite.Je ne sais pas si Sackline est une expérience positive ou non car comme dans le cas de Catchline, l’entreprise a décidé de fermer ses portes après des procès engagés à son encontre et les travailleurs ont perdu leur emploi. Mais trois des dirigeants sont devenus permanents à la JOC et poursuivent la lutte aujourd’hui encore. Pour ma part, je suis devenue présidente nationale de la JOC des Philippines, puis membre de l’équipe d’Asie-Pacifique. Mon combat continue à un autre niveau, mais toujours aux côtés des travailleurs de la base. Mon rêveJe rêve d’un monde où chacun prend conscience de sa réalité et agit pour changer sa situation.
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