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Témoignage de Rameau Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par Secrétariat International   
03-12-2007
Rameau
Rameau, Les Cayes/Haiti
Yves Rameau Beltéus, 33 ans, Haïti. Je viens d’une famille de 4 enfants et je suis le benjamin de ma famille. Je suis originaire des Cayes, troisième ville la plus importante du pays. Je n’ai plus de père depuis 4 ans et ma maman travaille à la maison car elle a 75 ans.

Dans ma culture, les derniers et les premiers jouissent de tous les privilèges de la famille. Après la mort de mon père, nous avons été obligés de nous arranger pour que la vie continue. Haïti est considéré comme le pays le plus pauvre du continent mais malgré la misère, mes parents ont tout donné pour nous permettre de nous orienter dans la vie. Nous avons tous fait des études universitaires pour sortir de notre condition. Á l’école, nous avons toujours eu conscience de notre situation et cela nous a aidés à être ce que nous sommes aujourd’hui.

Je veux vous donner de la connaissance

La vie n’était pas très facile pour mes parents, surtout en période de pluie et de cyclones. Pour nous permettre d’aller à l’école, mon père et ma mère étaient obligés de nous porter sur leur dos pour traverser les rues inondées. Lorsque mon père passait tout un mois à travailler à la campagne pour payer notre nourriture et nos frais scolaires mensuels (nous n’allions pas au collège public), c’est ma maman qui faisait tout pour nous permettre d’aller à l’école. Dans notre culture, s’ils veulent que leurs enfants fassent partie de la classe intellectuelle, les parents doivent déployer des efforts pour que leurs enfants puissent terminer leurs études et avoir une profession.

« Je n’ai pas d’argent, pas de terrain à vous laisser après ma mort mais je veux vous donner de la connaissance ; l’héritage que je voudrais vous offrir, c’est de faire partie du monde intellectuel, c’est la plus grande richesse dans ce monde », nous disait toujours mon père. « Je ne voudrais pas que ma famille soit divisée après mon départ pour l’éternité comme j’ai vu dans plusieurs familles », répétait mon père. « C’est pour cette raison que je me consacre corps et âme à travailler pour le bonheur de chacun d’entre vous ». Mon papa n’avait pas d’emploi fixe ; tous les deux ou trois mois, il changeait d’endroit de travail parce qu’il était employé aux « Travaux publics, transports et communications ». Le plus souvent, il rentrait chaque week-end et repartait le lundi ou même le dimanche. Ou bien il passait un mois entier dehors. Il passait aussi les jours de fête là où il était, dans des endroits éloignés de la ville. Alors ma maman, qui était couturière, faisait tout dans la maison et se chargeait aussi des tâches de mon père. Nous étions une référence pour les gens de notre quartier.

Nous vivions tous dans une même maison sans complication. Et nous étions super heureux. Après le mariage de mon frère aîné et la mort de mon père, j’étais le seul garçon dans la maison avec ma mère et mes deux sœurs aînées. Et aujourd’hui vu mon absence, elles vivent seules, toujours dans ma ville natale. Mon grand frère vit maintenant avec sa femme et ses trois enfants non loin de la maison de ma mère.

Ma place était à la JOC

C’est en participant à un camp d’été de formation et de loisirs organisé conjointement dans le sud-est d’Haïti par ma chorale (la « Chorale Men Contre ») et la JOC que j’ai pu faire connaissance avec le mouvement jociste. A l’époque, je n’aimais pas beaucoup parler mais durant ce camp, j’ai beaucoup communiqué avec mes amis et d’autres jeunes. Après le camp, la JOC m’a lancé une invitation par la voix de l’un de ses coordinateurs locaux, Georges, qui était aussi mon plus grand ami d’enfance. J’ai participé à une première réunion et puis à d’autres. J’ai fait connaissance avec la méthode de la JOC, le Voir-Juger-Agir. Je ne saisissais pas tout mais vu le travail qu’elle effectuait dans le monde, je comprenais que ma place était à la JOC. C’est petit à petit que je vais y faire mon nid.

Deux mois plus tard, je suis devenu membre de la JOC et j’ai participé à des séances de formation. Ensuite j’ai commencé à inviter d’autres amis à participer au mouvement. En Haïti, comme le mouvement travaille avec les jeunes chômeurs et apprentis et que la majorité sont des étudiants, nous avons fait des cartes de fin d’année, des produits en macramé et du vin afin d’avoir un peu d’argent pour passer les vacances. Chaque dimanche, je participais aux réunions. Petit à petit la lumière de la JOC a rayonné en moi. 5 mois plus tard, je faisais partie de la coordination locale.

Ma première action

J’avais une expérience dans l’organisation de quartier et à l’école. Ma première action a été de sensibiliser mes collègues de classe et les jeunes de mon quartier. Pendant les vacances, j’organisais avec eux des championnats d’été et des loisirs dans le but de les aider à surmonter la misère qui fait rage dans le pays et leur permettre de passer leurs temps libres sans se tourner vers la délinquance. Avec un autre militant, j’ai formé un groupe de 10 jeunes dans une autre zone et je les ai fait participer aux activités de la JOC.

Mon grand souvenir à la JOC

Par la suite, j’ai été élu trésorier national et permanent national. Nous avons mené une grande action nationale pour la propreté dans un quartier de la ville des Cayes. Nous avons manifesté et présenté des revendications concrètes et réalistes auprès de la mairie pour qu’il y ait des poubelles dans le quartier. Nous avons passé plus d’un mois en discussion avec le maire et les gens du quartier afin que l’on puisse trouver de l’argent pour avoir des poubelles. Et nous avons réussi. C’était vraiment une très belle expérience et les gens du quartier sont venus nous féliciter pour notre beau travail.

Par la suite, je suis devenu secrétaire national. Puis, j’ai été élu à la coordination continentale de la JOC d’Amérique. Maintenant je vis en Equateur depuis plus d’un an. C’est une grande joie pour mes parents et les jocistes d’Haïti. Car je suis le premier Haïtien à être arrivé là.

Une histoire jamais oubliée

Après mes études universitaires, je suis allé vivre pendant sept ans comme religieux éducateur dans une communauté religieuse. Là, j’y ai aussi mené une action. Chaque année durant les vacances d’été, nous passions 20 jours dans nos familles et le supérieur nous donnait seulement 1500 gourdes, ce qui correspond au salaire minimum d’un ouvrier d’usine. De plus, nous n’avions pas le droit d’aller faire des études à l’étranger. J’ai eu pas mal de réunions avec les jeunes religieux pour leur faire comprendre que la prime que nous recevions pendant les vacances ne valait rien et que notre formation était nécessaire pour donner une bonne éducation aux jeunes dans les écoles du pays. Après bien des difficultés, j’ai obtenu deux journées de réflexion avec les responsables et j’ai présenté des revendications concrètes. La prime a finalement été doublée et l’importance des études à l’étranger pour les jeunes religieux a été reconnue. Je rêvais de changer les choses et j’y étais parvenu.

Vivre et mourir avec les principes de la JOC

Je rêve d’être toujours plus proche des travailleurs les plus méprisés, les plus marginalisés, plus proche des plus petits et des démunis afin que leurs droits soient respectés. Je viens d’un pays pauvre, je dois lutter pour une réduction de l’inflation et de la misère dans mon pays et ailleurs. Aujourd’hui, j’applique ce que j’ai appris à la JOC: le respect des droits humains et la prise de conscience personnelle pour un changement des conditions de vie de toutes et tous. La JOC m’aide beaucoup et je veux marcher, vivre et mourir avec les principes et la méthode de la JOC ; elle est dans mon cœur aujourd’hui, demain et pour toujours.


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