| Témoignage de Geethani |
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| Écrit par Secrétariat International | ||||
| 12-02-2009 | ||||
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![]() Geethani (Sri Lanka) Lorsque j’avais 8 ans, mon père a eu des problèmes de santé, ce qui a provoqué chez ma mère un gros choc et des problèmes psychologiques. Nous avons dû lutter beaucoup pour faire face à la situation. J’ai obtenu mon diplôme de secondaire et je voulais trouver du travail pour aider ma famille. Au Sri Lanka, il est très facile pour les filles de trouver un travail dans le secteur textile car il ne faut pas avoir de qualifications. Mais la plupart des filles ne veulent pas travailler dans ce secteur car aux yeux de la société, les ouvrières d’usine sont des filles non qualifiées qui ne sont pas bonnes à marier. Celles qui vont à l’usine ne veulent pas dire où elles travaillent. Malgré mes études, je n’ai pas pu trouver d’emploi et ma situation familiale et financière m’a forcée à travailler à l’usine textile. Pour eux, j’étais le numéro 689J’ai commencé à travailler comme contrôleuse de qualité. Notre usine employait 600 ouvriers qui produisaient des vêtements pour les pays européens. 99% étaient des femmes âgées de 18 à 28 ans. Je commençais ma journée vers 7h30 du matin et finissait normalement à 22h mais cela variait chaque jour. Je devais rester debout toute la journée pour vérifier la qualité des produits. Je pouvais faire une pause café de 10 minutes à 10h et une autre d’une demi-heure à 13h pour le déjeuner. Nous n’étions pas autorisés à parler à l’intérieur de l’usine. Nous avions une carte. Ils nous avaient attribué un numéro. Pour eux, j’étais le numéro 689. Chaque jour, ils nous donnaient un objectif de production et venaient vérifier toutes les heures où nous en étions. À la fin de la journée, si nous n’avions pas atteint l’objectif, nous devions faire des heures supplémentaires sans être payés. Nous ne pouvions pas aller aux toilettes quand nous voulions. Ils avaient introduit un système de carte et nous ne pouvions aller au petit coin que 2 fois par jour. Si nous demandions à y aller plus souvent, le lendemain, la direction nous donnait un avertissement. Dans ces conditions, les filles préféraient ne pas boire et prenaient leur repas de midi en 10 minutes. J’avais les jambes gonflées parce que je restais debout toute la journée. J’avais le nez plein de poussière foncée. J’ai remarqué que je perdais du poids et je me sentais fatiguée. Mon salaire mensuel de base avoisinait les 2 000 roupies sri lankaises (18$). Mes heures supplémentaires n’étaient pas payées. Il n’y avait aucun registre officiel disant que nous travaillions. Nous recevions notre salaire de la main à la main. Les fiches de salaire n’existaient pas. Ils m’ont demandé de parler mais je n’ai pas oséÀ l’époque, il y avait un groupe JOC dans mon village. Un des responsables a commencé à me suivre. Chaque soir il venait à ma rencontre et m’invitait à la JOC. Cela ne m’intéressait pas du tout et j’essayais de l’éviter. Il continuait à me poser plein de questions sur mon travail, mes conditions de vie et ma famille. Cela a duré 3 mois et cela devenait impossible pour moi. Donc un jour, je lui ai dit, « OK, je viendrai ». Je suis allée à une réunion de leur groupe de base. Beaucoup de jeunes du village étaient présents mais je ne leur avais jamais parlé. Je me suis assise par terre, dans un coin. Ils m’ont souhaité la bienvenue et chacun s’est présenté gentiment. Ils m’ont demandé de parler aussi mais je n’osais pas. Je regardais le sol et traçais des lignes avec mon doigt. Ils m’ont encouragée à parler. Je me souviens, j’ai juste donné mon nom. Mais j’ai écouté les autres qui partageaient leurs actions de la semaine, leurs expériences. Cela m’a vraiment touchée. Des pêcheurs, des chômeurs, des jeunes travailleurs informels, qui ne savaient ni lire ni écrire, partageaient leurs expériences devant tout le monde. Cela m’a fait réfléchir et j’ai décidé de continuer. La JOC a fait de moi une dirigeanteAprès cette première expérience, j’ai assisté à la réunion du groupe de base chaque semaine. Les dirigeants et les membres me posaient beaucoup de questions. Je tremblais ; au début, je n’arrivais pas à parler en public mais peu à peu, cela allait mieux, j’ai partagé mon expérience à l’usine. Je me suis rendu compte de la discrimination qui existait à l’usine ; nos droits de travailleurs étaient bafoués. Nous avons discuté de notre rôle dans cette situation. J’ai commencé à parler davantage, à mener des actions personnelles et à faire des efforts pour changer ma situation à l’usine et me changer moi. À l’occasion d’un programme de formation jociste dans mon village, mon groupe de base m’a demandé de faire une présentation sur l’histoire de la JOC. Je paniquais mais j’ai pris cela comme un défi. J’ai recueilli des infos auprès des responsables, j’ai lu des bouquins et pendant des jours et des jours, j’ai répété mon intervention devant un miroir. Le jour venu, j’étais nerveuse, j’avais les jambes qui tremblaient. L’évaluation après mon intervention était positive. Chacun m’a encouragée et cela m’a réconfortée et motivée pour continuer. J’ai assumé différentes responsabilités au sein de l’équipe et cela a développé mes capacités de dirigeante. De la poussière de tissu partout…Dans mon groupe de base, j’ai exposé le problème de la poussière de tissu qu’il y avait partout dans l’usine. C’était difficile de respirer et chaque jour, j’avais le nez rempli de poussière foncée. Nous avons parlé des conséquences, de nos droits… Suite à cette discussion, mon action a été de parler à ma superviseuse et à mes collègues à l’usine. J’ai fait remarquer à mes collègues que la poussière de tissu affectait notre santé mais elles ont ri de moi, disant que nous ne pouvions quand même pas porter de masque. Alors j’en ai parlé à ma superviseuse. Elle aussi s’est moquée de moi et m’a dit de retourner au travail. J’ai expliqué la situation à mon groupe JOC. Dans un deuxième temps, je me suis protégé le nez avec un mouchoir. Tout le monde riait et blaguait. J’étais vraiment gênée. J’ai dit à mon groupe de base, « je ne peux pas continuer cette action ». Mais il m’a encouragée à poursuivre, disant qu’au moins, je protégeais ma santé. J’ai donc continué au milieu des 600 travailleurs. Après quelques jours, des amies m’ont demandé pourquoi je portais le mouchoir. Cela m’a donné l’occasion d’en discuter et 1 ou 2 semaines plus tard, quelques travailleuses ont commencé à utiliser un mouchoir aussi. Il y en avait de plus en plus chaque jour. Je parlais avec ces filles de façon informelle et j’ai reformulé ma demande à la superviseuse. Elle en a discuté avec le directeur des ressources humaines et ils nous ont fourni un masque. Cela a pris 2 ou 3 mois mais le succès de l’action était total. Nous avions travaillé 18 heures et nous étions fatiguéesÀ l’usine, ils ne nous prévenaient pas à l’avance du travail de nuit. Ils fermaient la grande porte et forçaient les filles à travailler. Selon la loi, une usine doit informer ses travailleurs du besoin de travailler le soir ou la nuit et les travailleurs peuvent refuser. Mais mon usine nous forçait à travailler, surtout quand elle avait un délai à respecter pour l’envoi de produits. La loi exige de nourrir les travailleurs le soir et de leur permettre de dormir au moins 2 heures. Un jour, ils nous ont annoncé que toutes les travailleuses devaient faire le travail de nuit. Nous avions déjà travaillé 18 heures et nous étions fatiguées. Mais ils nous ont menacées et ont fermé la porte principale. Nous n’avions pas le choix. Nous avons commencé à travailler mais après quelque temps, nous avions vraiment faim. L’usine ne nous donnait rien à manger. Nous avons réclamé un repas vers 22h. Ce n’était pas facile de trouver à manger pour 600 personnes à cette heure. J’étais très fâchée. J’ai écrit un mot sur un bout de papier disant que nous devrions cesser le travail jusqu’à ce qu’ils nous donnent à manger. Nous avons fait passer le mot dans notre ligne de production, puis dans une autre. Nous avons arrêté le travail et sommes sorties. Ils nous ont menacées mais nous avons refusé de nous remettre au travail. Finalement, ils nous ont servi un repas léger vers 23h30. Les quelques actions que j’ai menées à l’usine ont changé ma situation et celle de mes collègues. Elles m’ont donné du courage, ont développé mes capacités et m’ont beaucoup appris. Mes défis de dirigeantePour une femme vivant dans un village de pêcheurs, il n’est pas facile de travailler dans la communauté aux côtés de garçons. Lorsque j’ai commencé à la JOC dans mon groupe de base, ma famille et mes proches étaient très fâchés sur moi. Au village, une fille devrait seulement se lier d’amitié avec des filles, pas avec des garçons. J’ai eu énormément de problèmes parce que beaucoup de mes amis jocistes étaient des garçons. Et les filles ne sont pas censées sortir après 18h mais j’assistais aux réunions du groupe de base à 22h ou 23h, après le travail. J’ai dû beaucoup lutter. Il est arrivé que mon père me batte parce que les gens du village se plaignaient auprès de lui de mes réunions du soir avec des garçons. Mes parents s’inquiétaient de mon avenir car lorsque des potins de ce genre circulent à propos d’une fille, personne ne veut l’épouser. Beaucoup de garçons sri lankais souhaitent épouser des filles qui sont toujours à la maison, savent cuisiner, se chargent des tâches ménagères et sont très discrètes. Mon père fermait parfois la porte lorsque j’avais réunion. J’ai essayé d’expliquer et j’ai invité mes amis jocistes à la maison pour y tenir notre réunion. Alors, mes parents ont compris ce que nous faisions. Ils ont commencé à soutenir mon travail à la JOC. Ce n’était pas facile de changer les mentalités au village mais j’ai continué mon travail comme si de rien n’était et les gens ont fini par se lasser des potins. Dans le groupe de base de la JOC, il y avait beaucoup de garçons. Ils ne permettaient pas à leurs sœurs de se joindre à nous. J’ai commencé à mettre cela en question. Nous en avons discuté, avons interpellé les garçons à propos de leur attitude et de leur respect par rapport aux filles de l’usine. Ces discussions ont mené à des actions personnelles et collectives sur la participation des femmes. Je veux que toutes les travailleuses en usine se battent pour leurs droitsMa première action a été menée avec les jeunes travailleuses dans une usine de la zone franche. Je crois que nous avons le droit d’être respectées comme toutes les autres femmes de la société. Auparavant, moi aussi j’avais peur de dire, « je travaille à l’usine ». Mais aujourd’hui, j’ai pris confiance grâce à la JOC. Je veux que toutes les travailleuses en usine prennent confiance, se battent pour leurs droits, interpellent les gens qui les condamnent, fassent savoir à la société que nous contribuons à une part importante de l’économie d’exportation sri lankaise. Nous devons faire comprendre à la société que nous ne sommes pas des objets sexuels. Nous sommes comme toutes les autres femmes qui nous condamnent dans la société, des mères, des épouses, des sœurs, des amies. Nous devons défendre nos droits, changer la mentalité de la société sri lankaise à propos des femmes. Mon cheminement vers des responsabilités internationalesJ’ai commencé avec un groupe de base et grâce à mes expériences d’action à la JOC, j’ai développé mes capacités de dirigeante. Cela m’a menée au niveau national où j’ai été présidente nationale pendant une courte période. Cela m’a posé pas mal de défis en tant que femme. J’ai dû lutter face à beaucoup d’hommes dans la société. Toutes ces expériences et luttes m’ont beaucoup appris. Ensuite j’ai été choisie pour participer au Conseil international de 2000 en Belgique. À l’époque, je ne parlais même pas anglais. Pour tous les autres, j’étais la Sri lankaise traditionnelle, timide. C’était ma première expérience internationale à la JOC. Il s’agissait d’un véritable défi pour moi. Cette rencontre m’a encouragée à apprendre l’anglais. Les collaborateurs de la JOC m’ont apporté leur soutien. Je suis arrivée à communiquer avec mes collègues régionaux et internationaux dans un mauvais anglais. Cela m’a permis d’en savoir plus sur la JOC internationale et ses actions. Puis j’ai eu l’occasion de participer à différents forums internationaux de la JOC et d’organisations de notre réseau. Lors du Conseil international de 2004, j’ai été élue coordinatrice régionale pour l’Asie Pacifique. Je poursuis donc mon mandat en vivant plein d’expériences dans le mouvement. Ma vision de la campagne pour les femmesPartout dans le monde, de nombreuses femmes sont confrontées à la même réalité que moi. Il faut que dans la société, les femmes acquièrent une confiance suffisante pour lutter en faveur de leurs droits, briser les mythes et les normes qui les rabaissent. Je crois que « l’action » est la seule solution pour changer la société. Les femmes doivent assumer le leadership à tous les niveaux. Citez cet article sur votre site | Pages vues: 995
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