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Conférence de l'OIT 2026 : Déclaration de la JOCI sur les répercussions de l'IA sur les jeunes travailleurs et leur vie

Monsieur le Président, Monsieur le Directeur général, Mesdames et Messieurs les délégués,

La JOCI-Jeunesse Ouvrière Chrétienne Internationale salue le rapport du Directeur général sur l’intelligence artificielle (IA) et l’avenir du travail.
Ce rapport nous rappelle que l’IA n’est pas neutre et que son impact dépendra des choix que nous ferons en tant que société. La technologie accentue les inégalités et l’insécurité, mais elle devrait contribuer à un travail décent et à la dignité humaine.

 

En tant que mouvement de jeunes travailleurs du monde entier, nous sommes profondément préoccupés par le fait que de nombreux jeunes entrent déjà sur un marché du travail marqué par la précarité, l’informalité et l’insécurité. Nous constatons que l’IA et la numérisation aggravent cette situation, tandis que les travailleurs sont exclus des processus décisionnels.

Le rapport souligne à juste titre que les jeunes travailleurs sont particulièrement vulnérables car de nombreux emplois de premier niveau sont exposés à l’automatisation. Pour de nombreux jeunes, ces emplois ne sont pas simplement des tâches, ils constituent le premier pas vers la stabilité, l’acquisition de compétences et la dignité.

Nous aimerions vous faire part de l’histoire d’Erson, un travailleur de 31 ans originaire de Bandung, en Indonésie.

« Avant la pandémie, Erson dirigeait une petite imprimerie. Mais l’instabilité de ses revenus et la crise économique l’ont poussé à la faillite.

En 2023, il a rejoint une plateforme numérique de covoiturage en tant que chauffeur. Pour travailler, il a d’abord dû acheter une moto à crédit, car il n’avait pas les moyens de s’en offrir une.
Aujourd’hui, il travaille de l’aube jusque tard dans la nuit, et souvent toute la nuit, pour gagner moins de 5 dollars américains par jour. Il attend des heures pour obtenir des courses, tout en étant en concurrence avec d’autres plateformes numériques et en affrontant les embouteillages, la chaleur extrême et les fortes pluies.

La plateforme affirme que les chauffeurs sont indépendants. Mais en réalité, c’est l’algorithme d’IA qui contrôle l’accès au travail. Les chauffeurs qui n’ont pas les moyens d’acheter l’uniforme de l’entreprise se voient attribuer une priorité moindre pour les réservations. Bien qu’il travaille un nombre d’heures excessif, Erson ne bénéficie d’aucune protection sociale, d’aucune assurance, d’aucune sécurité sociale et d’aucun avantage lié à cet emploi.

Son histoire reflète la réalité à laquelle sont confrontés de nombreux jeunes travailleurs dans l’économie des plateformes. Derrière l’innovation numérique et l’intelligence artificielle vivent des êtres humains qui luttent pour leur survie, leur dignité et leur reconnaissance.

Les progrès technologiques doivent rester centrés sur l’humain. Ils doivent soutenir les travailleurs, et non remplacer leur dignité, leur autonomie et, surtout, leur statut d’être humain.
C’est pourquoi la JOCI-Jeunesse Ouvrière Chrétienne Internationale appelle l’OIT, les gouvernements, les employeurs et les organisations de travailleurs à prendre des mesures concrètes.

Premièrement, nous appelons à une réglementation plus stricte du travail sur les plateformes et de la gestion algorithmique afin de garantir la transparence, la responsabilité et la protection des droits des travailleurs.

Deuxièmement, nous appelons à la mise en place de systèmes de protection sociale universels qui incluent les travailleurs des plateformes, les travailleurs du secteur informel et les jeunes travailleurs occupant des emplois atypiques.

Troisièmement, nous appelons à investir dans une formation qui donne accès à la culture numérique et à l’apprentissage tout au long de la vie afin que les travailleurs issus des communautés et des pays les plus pauvres ne soient pas laissés pour compte dans le contexte actuel de la transformation technologique.

Quatrièmement, nous appelons à une participation significative des travailleurs, en particulier des jeunes travailleurs, à l’élaboration des politiques en matière d’IA et des technologies sur le lieu de travail, par le biais du dialogue social et de la négociation collective.

Enfin, nous appelons les gouvernements, les employeurs et la communauté internationale à veiller à ce que l’IA et les algorithmes soient réglementés, afin de protéger ceux qui l’utilisent et ceux qui pourraient en être affectés, en garantissant la justice sociale, la solidarité et un travail décent pour tous, plutôt que de perpétuer les inégalités entre les pays et au sein de ceux-ci.

L'avenir du travail ne doit pas être décidé uniquement par les marchés, l'IA ou les algorithmes.
Il doit être façonné démocratiquement, en plaçant les travailleurs au centre.

Comme l’a dit notre fondateur : « Chaque jeune travailleur vaut plus que tout l’or du monde ».
Merci.

 

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